GLOSSAIRE

Le poisson zèbre

Par Patrick Pla, Université Paris-Saclay

Description de cette image, également commentée ci-après
*Un poisson-zèbre. Cet adulte fait 2,5 cm de long. Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Poisson-z%C3%A8bre#/media/Fichier:Zebrafisch.jpg

Le poisson zèbre ou Danio rerio appartient à la famille des Cyprinidés et il vit dans les eaux douces de l’Inde et du Bangladesh. Il est prisé des aquariophiles… et des chercheurs en biologie du développement !

Son utilisation en recherche a été popularisé dans les années 1970 par Georges Streisinger de l’Université d’Oregon (Etats-Unis). Le poisson-zèbre est omnivore et vit 5 ans environ en laboratoire. Son cycle de vie est de 90 jours donc on peut avoir une nouvelle génération tous les 3 mois. L’embryon est mince et transparent ce qui facilite son étude.

Son développement embryonnaire est très rapide et en 24h, une grande partie des étapes du développement ont été franchies.

Stades du développement du poisson-zèbre. Source : https://en.wikipedia.org/wiki/Zebrafish#/media/File:Zebrafish_Developmental_Stages.tiff
*Le bouclier embryonnaire de l’embryon du poisson-zèbre. Il est indiqué sur une vue latérale (A) ou une vue depuis le pôle animal (B) par deux têtes de flèches sur un embryon de poisson-zèbre de 6 heures après la fécondation. Il s’agit de l’homologue de l’organisateur de Spemann et du noeud de Hensen, responsable de l’induction neurale et de la dorsalisation du mésoderme. Source : https://journals.biologists.com/dev/article/132/11/2503/52334/Structure-and-function-of-the-notochord-an
**Carte des territoires présomptifs du poisson zèbre à la fin du clivage. L’embryon en tant que tel se développe sous la forme d’un dôme posé sur le vitellus. CNS = système nerveux central; PPE = ectoderme pré-placodal; NC = crêtes neurales; yolk = vitellus. Source : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC4562868/#!po=0.260417
*Mésoderme à la fin de la gastrulation chez le poisson zèbre. Hybridation in situ fluorescente avec des sondes qui reconnaissent l’ARNm de tbxta (ou brachyury), un marqueur du mésoderme chordal et l’ARNm de tbx16, un marqueur du mésoderme paraxial. Source : https://www.nature.com/articles/s41467-021-26486-3
*Formation des somites chez le poisson-zèbre

Le génome du poisson-zèbre a été entièrement séquencé en 2009. Il fait 1,4 milliards de paires de bases et il contient 26.000 gènes. Le poisson-zèbre est un outil génétique puissant et près de 30.000 allèles sont connus et répertoriés par le ZIRC (Zebrafish International Research Center). Le poisson-zèbre a souvent 2 gènes orthologues pour chaque gène humain à cause d’une duplication générale du génome chez les Téléostéens.

On peut faire facilement des lignées transgéniques chez le poisson zèbre.

*Méthode de microinjection d’ADN dans des zygotes de poisson-zèbre

De très nombreuses lignées rapportrices existent comme par exemple une lignée qui exprime GFP sous le contrôle des éléments de réponse à la signalisation Wnt où se fixent LEF/TCF et que vient rejoindre la β-caténine lorsque la voie Wnt est activée (Shimizu et al., 2012).

*Un exemple de poisson-zèbre transgénique avec un gène rapporteur. Par microinjection dans un zygote de poisson-zèbre, on introduit une construction d’ADN comportant un gène rapporteur (codant la d2EGFP, une forme de la GFP qui la rend rapidement dégradable pour mieux étudier la dynamique de son expression) sous le contrôle d’un promoteur minimal et d’une succession de séquences (BS = binding sites) qui peuvent interagir avec LEF/TCF, des facteurs de transcription activés par la β-caténine lorsque la voie Wnt est activée. Une autre lignée transgénique est générée avec des sites de fixation de LEF/TCF mutés qui sert de contrôle négatif. Au bout de 30 heures, on observe de la fluorescence verte dans les régions de l’embryon où la voie Wnt est active. Il n’y a presque pas de signal fluorescent dans la lignée avec la mutation (juste un peu d’autofluorescence notamment dans le vitellus). dmb : mésencéphale dorsal, ov : vésicule otique, mff : pli de la nageoire médiane, pfb : bourgeon de la nageoire pectorale. Barre d’échelle = 200 μm. Source : https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0012160612003995

On peut injecter des morpholinos dans le poisson-zèbre, des oligonucléotides synthétiques anti-sens qui inhibent la production d’une protéine et permettent ainsi des études de perte-de-fonction.

*Un exemple d’étude perte-de-fonction avec un morpholino (MO) chez le poisson-zèbre. Des embryons de poisson-zèbre de 4 jours sont observés en vue latérale et traités en immunohistochimie avec un anticorps anti-αHu qui reconnait les neurones. Chez des embryons non injectés (à gauche) on observe bien les ganglions rachidiens répétés le long de l’axe antéro-postérieur alors que dans des embryons injectés avec 1,5 ng d’un morpholino inhibant la production de Neurogénine-1, les ganglions ne sont plus présents. Source : https://journals.biologists.com/dev/article/129/11/2639/41672/Delta-Notch-signaling-promotes-formation-of

On peut également réaliser des expériences de perte- ou gain-de-fonction grâce à la méthode CRISPR-Cas9.

Le poisson zèbre a le potentiel de régénérer complètement plusieurs organes adultes et embryonnaires, notamment le cœur (régénération possible de 20% de cet organe), les nageoires et de nombreux composants du système nerveux (comme la rétine), ce qui peut en faire un modèle intéressant de thérapie régénérative : il s’agirait d’activer les mêmes mécanismes chez les Mammifères (et notamment les humains).

*Résumé des avantages du poisson-zèbre comme modèle expérimental. Source : https://www.frontiersin.org/articles/10.3389/fcvm.2019.00107/full

Le poisson-zèbre peut aussi servir pour tester les capacités de migration de cellules métastatiques.

**Xénotransplantation de cellules tumorales dans des embryons de poisson zèbre. Des cellules cancéreuses humaines marquées avec un colorant fluorescent rouge ou vert sont injectées à l’aide d’une micropipette en verre ou d’une aiguille capillaire en verre dans le sac vitellin d’embryons de poisson-zèbre 2 jours après la fécondation. Les embryons xénogreffés sont ensuite maintenus à une température spécifique comprise entre 28 et 37 °C. Après 2 à 7 jours après l’injection, on observe que le nombre de cellules tumorales augmente et que certaines cellules se disséminent sur des sites éloignés tels que la tête et la queue. Selon les gains et les perte-de-fonction que l’on réalise dans ces cellules au préalable, on peut tester le rôle de protéines d’intérêt dans la prolifération et la migration cellulaire. https://www.mdpi.com/1424-8247/14/7/625

QUELQUES SITES DE REFERENCE :

Le développement post-embryonnaire du poisson zèbre

Zebrafish Information Network

Zebrafish International Ressource Center

Compte Twitter @ZebrafishRock

ON EN PARLE :

Le poisson-zèbre, précieux allié des chercheurs

QUELQUES EQUIPES FRANCOPHONES QUI TRAVAILLENT SUR CE MODELE :

Neurogénétique du poisson-zèbre – Institut Pasteur, Paris

Calcifications cardio-vasculaires : mécanismes et thérapies – Marseille Medical Genetics