Les filaments intermédiaires

Contrairement aux microfilaments et aux microtubules, les filaments intermédiaires ne sont pas polarisés. Ils font 10 nm de diamètre, donc ils sont d’une taille intermédiaire par rapport aux microfilaments d’actine (qui sont plus petits) et aux microtubules (qui sont plus gros). Le rôle de ces filaments est essentiellement structural : maintien de la forme des cellules et contrôle de leur résistance aux contraintes mécaniques. Chez les plantes, ces rôles sont tenus par la paroi et il n’y a pas de filaments intermédiaires connus.
Chez les animaux, des rôles supplémentaires pour les filaments intermédiaires émergent comme par exemple pour la vimentine qui a un rôle dans la migration et la prolifération cellulaire. C’est un marqueur classique d’état mésenchymateux dans des études sur les transitions épithélio-mésenchymateuses.

Des souris déficientes en vimentine présentent des défauts de cicatrisation de blessure dus à un manque de migration et de prolifération (Cheng et al., 2016). Les filaments de vimentine peuvent interagir avec les microtubules et sont nécessaires pour le maintien de la polarité lors de la migration (Gan et al., 2016), notamment dans les cellules tumorales (Xuan et al., 2020). Un rôle moins classique de la vimentine est de stabiliser des ARNm codant des sous-unités du collagène en s’associant à la région 5′ de ces ARNm dans un complexe avec la protéine LARP6 (Challa et Stefanovic, 2011).
De nombreux filaments intermédiaires sont attachés via un complexe aux desmosomes et aussi aux hémidesmosomes qui relient les cellules épithéliales à la lame basale (voir plus loin).
La kératine forme un filament intermédiaire en s’enroulant en hélice autour d’autres kératines. Sa séquence contient beaucoup d’acides aminés soufrés ce qui permet de former beaucoup de ponts disulfures et lui confère sa rigidité. Elle est produite en grande quantité dans les kératinocytes qui sont les cellules constituant l’épiderme de la peau et la cornée. Il existe une très grande variété de sous-types de kératine (codés par 54 gènes chez l’Homme) (Moll et al., 2008).

La kératine 15 est spécifiquement exprimée dans les cellules souches de l’épiderme (Lyle et al., 1998).
Certaines kératines sont attachées aux hémidesmosomes qui sont des structures à la base des cellules épithéliales qui les accrochent fermement à la lame basale.

File:Ultrastructure_of_tracheal_hemidesmosomes_in_mice.JPEG et http://biologiedelapeau.fr/spip.php?page=forum&id_article=47
Des mutations perte-de-fonction dans certaines kératines comme la kératine-5 ou la kératine-14 peuvent provoquer des épidermolyses bulleuses, c’est-à-dire un détachement de l’épiderme de la lame basale et du derme sous-jacent causé par un dysfonctionnement des hémidesmosomes.

Certains filaments intermédiaires sont nucléaires telles les lamines qui maintiennent la structure du noyau en formant un réseau sous la membrane interne nucléaire. Elles participent aussi à la liaison chromatine/membrane nucléaire.


Les lamines sont phosphorylées sur des sérines et des thréonines par le complexe Cycline B/CDK1 (=MPF) lors de la prophase, ce qui aboutit au désassemblement de la membrane nucléaire nécessaire à la suite de la mitose. Les lamines restent accrochées à des fragments de l’ancienne enveloppe nucléaire qui forment des vésicules. Cela facilite la reformation du noyau à la télophase, lorsque le MPF est inactivé.
Le clivage des lamines par la caspase 6 participe à la désorganisation du noyau qui accompagne l’apoptose.
Les lamines A et C sont générées à partir du même gène LMNA par épissage alternatif. Des mutations perte-de-fonction dans ce gène peuvent aboutir à des laminopathies, un ensemble de pathologies contenant notamment la progéria ou syndrome d’Hutchinson-Gilford qui est caractérisé par un vieillissement prématuré et au niveau cellulaire, par des noyaux très déformés. Des défauts d’organisation des lamines nucléaires induisent une mauvaise localisation et un mauvais fonctionnement des protéines de réparation de l’ADN, telles que ATR et 53BP1, conduisant à une instabilité du génome (Gibbs-Seymour et al., 2015; Fan et al., 2023).
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DES MOTS CROISES POUR REVISER :

QUIZZ SUR LE CYTOSQUELETTE : https://learningapps.org/watch?v=ptrci3iej23
D’AUTRES RESSOURCES SUR LE SUJET :
Cours en ligne sur le cytosquelette (Université Bordeaux 1)
QUELQUES EQUIPES FRANCOPHONES QUI TRAVAILLENT SUR LE SUJET :
Dynamique du cytosquelette et motilité – I2BC, Université Paris-Saclay
Régulation de la dynamique des microtubules – Institut Curie
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