GLOSSAIRE

La voie de signalisation de l’auxine et ses rôles

Par Patrick Pla, Université Paris-Saclay

*Acide indole-3-acétique (IAA ou auxine). Source : https://en.wikipedia.org/wiki/Indole-3-acetic_acid

Le petit composé acide indole-3-acétique (IAA ou auxine et qui a un pKa = 4,7) est une molécule connue depuis les années 1930. Il joue un rôle essentiel dans la régulation de la croissance et du développement des plantes. Un système élaboré de transporteurs d’entrée et de sortie cellulaire régule la distribution de l’auxine dans les tissus végétaux. Les changements induits par l’auxine dans l’expression des gènes médient de très nombreuses réponses en aval qui dépendent du contexte cellulaire.

  1. Synthèse et transport de l’auxine
  2. Réception de l’auxine et voies de transduction du signal
  3. L’auxine et le phototropisme et le gravitropisme
  4. L’auxine et les racines secondaires
  5. L’auxine et l’expansion de la paroi
  6. L’auxine et la dominance apicale
  7. L’auxine et le développement des fruits

La principale auxine naturelle, l’acide indole-3-acétique (IAA) est en grande majorité synthétisée par la voie de l’acide indole-3-pyruvique (IPA) dépendant du tryptophane (Korasick et al., 2013). TRYPTOPHAN AMIDOTRANSFERASE OF ARABIDOPSIS1 (TAA1) et les protéines apparentées (TAR) convertissent le tryptophane en IPA (Stepanova et al., 2008). Une voie partant du tryptophane mais indépendante de la première permet de produire IAOx (indole-3-acetaldoxime) via les cytochromes P450 monooxygénases CYP79B2 et CYP79B3. L’importance physiologique de la biosynthèse de l’IAA dépendante de l’IAOx a été démontrée par l’analyse des doubles mutants cyp79b2; cyp79b3, qui ont des hypocotyles plus courts et des niveaux d’IAA réduits lorsqu’ils sont cultivés à des températures élevées (Zhao et al., 2002).

*Voies de biosynthèse de l’IAA chez les plantes. Les voies YUC et CYP79B qui conduisent à la synthèse d’IAOx sont illustrées respectivement par des flèches bleues et rouges. La voie de biosynthèse de l’IAA dépendante de l’IAOx est représentée dans les carrés gris. Les gènes clonés qui codent potentiellement des enzymes pour les biosynthèses IAA, CL et IG sont indiqués en italique. TRP = tryptophane. Source : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC2664063/

YUCCA est une famille de gènes codant des flavine-monooxygénases qui catalysent la N-hydroxylation de la tryptamine, une étape qui mène aussi à la production de IAOx. Le mutant gain-de-fonction yucca présente un phénotype indiquant une surproduction d’IAA : ces mutants, quand ils sont cultivés à la lumière, ont des hypocotyles allongés et des cotylédons courbés vers le bas (épinastie). Ce mutant s’est avéré avoir des niveaux endogènes élevés d’IAA libre résultant d’une transcription accrue du gène YUCCA (Cheng et al., 2006). Le contrôle de l’expression des protéines YUCCA est impliqué dans la croissance des feuilles via leurs effets sur la synthèse d’IAA et le facteur de transcription PLETHORA est un des acteurs majeurs de ce contrôle (Pinon et al., 2012). Les facteurs de transcription de type hélice-boucle-hélice basique, PIF4 et PIF5, par la régulation de TAA1 et YUCCA8, intègrent la température dans la voie de signalisation de l’auxine pour contrôler la croissance de l’hypocotyle d’Arabidopsis.

L’IAA peut être modifié/inactivé de plusieurs manières, notamment par oxydation ou par conjugaison d’acides aminés et de glucides.

Une fois les auxines synthétisées, elles doivent être distribuées de manière différentielle dans les différents tissus de la plante. Le transport polarisé de l’auxine a été mis en évidence en 1932 par Van der Weijl grâce à des expériences où des blocs de gélose avec ou sans auxine sont apposés sur des apex de germination. Le dosage de l’auxine dans la gélose une heure après leur apposition a montré que l’auxine est toujours transportée de la région apicale vers la région basale (mais jamais dans le sens inverse) et ce, indépendamment de la gravité.

Les auxines peuvent se déplacer à longue distance dans le phloème ou de proche en proche via un système de transport de cellule à cellule (Habets et Offringa, 2014). La vitesse moyenne de déplacement de l’auxine est de 1 cm/h. Ce transport est requis pour l’accumulation locale d’auxine et la génération de gradients pendant les stades de croissance et de développement (Geisler et al. 2014; Soriano et al. 2014).

*Le transport polarisé de l’auxine est nécessaire à la mise en place des axes de la plantule. L’acide N-1-naphthylphthalamidique (NPA) inhibe le transport polarisé de l’auxine passant par les cellules. Les embryons traités avec cet inhibiteur ont une croissance racinaire réduite et n’arrivent pas à former correctement des tiges et des feuilles. DMSO est le solvant du NPA et sert de contrôle. Source : https://academic.oup.com/plcell/article/26/6/2568/6098515

L’IAA peut se déplacer à travers la membrane plasmique par diffusion passive sous sa forme non chargée (IAAH), alors que sous sa forme anionique (IAA-), il nécessite des transporteurs spécifiques d’efflux et d’influx d’auxine (Petra´sˇek et Friml 2009).

*Propriétés chimiques et transport de l’auxine. Les pourcentages des formes anioniques et protonées de l’IAA (acide indole acétique) sont donnés en fonction du pH en mettant l’accent sur les gammes de pH apoplastique (dans la paroi, entre 5 et 5,5) et cytosolique (entre 7 et 7,5) (A). Modèle de transport de l’auxine montrant les différentes familles de transporteurs : AUX/LAX, PIN et PGP. La forme artificielle de l’auxine 1-NAA (acide 1-naphtalène acétique) est lipophile et diffuse librement à l’intérieur de la cellule (B). Source : https://www.frontiersin.org/articles/10.3389/fpls.2012.00225/full

Les transporteurs d’influx sont constitués par AUX1 et ses protéines apparentées LIKE AUX1 (AUX/LAX).

*Des mutations dans les gènes AUX/LAX entraînent des défauts de développement liés à un défaut d’auxine. AUX1 régule le gravitropisme racinaire. AUX1 est exprimé dans les tissus qui sont impliqués dans la perception de la gravité, la transmission du signal et la réponse et la mutation dans aux1 provoquent des racines agravitropes (A). AUX1 et LAX3 régulent le développement des racines latérales (Swarup et al., 2008). AUX1 est exprimé dans les ébauches des racines latérales tandis que LAX3 dans les cellules corticales et épidermiques en contact avec les ébauches et les doubles mutants aux1; lax3 ont un retard important dans l’émergence des racines latérales (B). LAX2 régule la structuration vasculaire dans les cotylédons (Péret et al., 2012). LAX2 est exprimé dans les tissus vasculaires au cours du développement embryonnaire et les mutants lax2 présentent des ruptures vasculaires dans les cotylédons (C). Barres d’échelle = 20 μm. Source : https://www.frontiersin.org/articles/10.3389/fpls.2012.00225/full

L’exportation de l’auxine hors des cellules dépend des transporteurs PIN (Adamowski et Friml, 2015). Leur importance physiologique est soulignée par des phénotypes mutants perte-de-fonction pin souvent sévères, qui peuvent être imités par l’application d’acide naphtylphtalamique (NPA), souvent utilisé en expérimentation, qui est un inhibiteur compétitif des PIN. La famille des protéines PIN est exclusive au règne végétal. Elles ont dix hélices transmembranaires comprenant deux domaines à cinq hélices transmembranes séparées par une boucle cytosolique. Les PIN canoniques (PIN1–4 et PIN7 chez A. thaliana) sont caractérisés par une longue boucle (323–355 résidus) et sont principalement situés dans la membrane plasmique, tandis que les PIN non canoniques (PIN5, PIN6 et PIN8) possèdent une boucle beaucoup plus courte et peuvent être trouvés dans les membranes du réticulum endoplasmique. Ils pourraient jouer un rôle de régulation du stockage de l’auxine.

**Structure des PIN longs et courts d’Arabidopsis thaliana. (A) Structure de PIN1. Les parties de la boucle hydrophile marquées de cases grises indiquent une disposition approximative des régions conservées (C) et variables (V) entre les différents PIN. Les positions des motifs canoniques hautement conservés HC1 à HC4 sont indiquées par des lignes pleines avec les acides aminés correspondants. (B) Structure de PIN5 avec 10 domaines transmembranaires séparés par une courte région hydrophile. Les positions des acides aminés en italique indiquent le début et la fin du domaine hydrophile court. Source : https://www.frontiersin.org/articles/10.3389/fpls.2019.00985/full

Chaque transporteur PIN a un profil d’expression différent et un fonctionnement spécifique. Par exemple dans les racines, les protéines PIN1, PIN3 et PIN7 des tissus vasculaires et PIN2 du cortex dirigent l’auxine vers l’apex radiculaire, tandis que la protéine PIN2 des cellules épidermiques redirige l’auxine vers les tissus internes. La protéine PIN2 présente un taux de transport plus lent que les protéines PIN1 et PIN3. Cette différence de taux de transport de l’auxine pourrait être cruciale pour réguler la distribution de l’auxine à travers l’apex de la racine, notamment pour le gravitropisme racinaire, probablement car il permet à la persistance de l’auxine dans les cellules épidermiques de diriger la courbure racinaire (Janacek et al., 2024).

Les longues boucles des PIN canoniques ont des sites de phosphorylation qui régulent l’activité ; les boucles sont auto-inhibitrices, nécessitant une activité kinase pour initier le transport.

PID (PINOID) est une sérine/thréonine kinase qui phosphoryle PIN1 (Christensen et al., 2000).

**La surexpression de la kinase PID perturbe la signalisation de l’auxine. Expression du gène rapporteur de l’activité de l’auxine DR5::GUS à l’extrémité de racines de plants d’Arabidopsis sauvage (F) et surexprimant PID (G). Barre d’échelle = 50 μm. Source : https://www.cell.com/cell/fulltext/S0092-8674(00)80682-0

Les mutants perte-de-fonction pinoid (pid) présentent des défauts d’organogenèse apicale similaires à ceux du mutant perte-de-fonction pin1 (Bennett et al. 1995). Des études complémentaires ont montré que la phosphorylation de PIN1 par PINOID aboutit à une localisation cellulaire différente de la protéine de transport (localisation apicale plutôt que basale), ce qui limite le transport habituel de l’auxine (Friml et al., 2004, Michniewicz et al., 2007).

De nombreuses hormones modulent la signalisation de l’auxine en agissant sur les transporteurs PIN.

**Régulation hormonale du trafic de PIN.
Les transporteurs d’auxine polaire (par exemple les PIN) subissent un recyclage constant entre la membrane plasmique et les compartiments endosomaux (flèches vertes). En réponse à des signaux développementaux ou environnementaux, les niveaux de PIN peuvent être diminués par leur redirection vers la dégradation lytique dans les vacuoles (flèches bleues). Les hormones végétales interfèrent avec différentes étapes de la voie du trafic PIN, contribuant ainsi à affiner le transport de l’auxine et la régulation de la croissance et du développement des plantes. ABA, acide abscissique; BR, brassinostéroïdes ; CK, cytokinines ; GA, acide gibbérellique; JA, acide jasmonique; NO, oxyde nitrique ; SA, acide salicylique ; SL, strigolactones ; LE, endosome tardif ; MVB, corps multivésiculaire ; PVC, compartiment prévacuolaire ; TGN, réseau transgolgien.

Les cytokinines qui agissent autour du méristème racinaire restreignent la signalisation auxine en agissant sur les transporteurs PIN. Les cytokinines sont perçues par le récepteur AHK3 et le signal est transduit par régulateurs ARR1 et ARR12, ce qui active directement la transcription du répresseur IAA3/SHORT HYPOCOTYL 2 (SHY2), qui entraîne l’atténuation des réponses à l’auxine et diminue l’expression des transporteurs PIN (à la fois au niveau de la transcription de leurs gènes et par stimulation de leur endocytose et de leur dégradation), restreignant le transport de l’auxine (Dello Ioio et al., 2008; Ruzicka et al, 2009).

*Les cytokinines diminuent la transcription des gènes codant les transporteurs PIN dans la racine. Des plants transgéniques avec le gène rapporteur GFP sous le contrôle des promoteurs de PIN1 (D), PIN2 (E) et PIN3 (F) sont soumis à un traitement dans un solvant (MS) ou en présence de d’une cytokinine (BA = N6-benzyladenine). Source : https://www.pnas.org/doi/10.1073/pnas.0900060106

Ainsi, la balance auxine/cytokinines régule la mise en place du méristème apical racinaire et régule le nombre de cellules souches avec l’auxine en faveur du méristème et les cytokinines en opposition par restriction du transport et de l’action de l’auxine.

L’acide abscissique renforce l’action des cytokinines car ses voies de signalisation aboutissent à augmenter l’activité du facteur de transcription ABI4 qui inhibe également l’expression de PIN1 (Shkolnik-Inbar et al., 2011).

La présence de l’auxine est transduite dans le noyau par une régulation de la transcription. Dans leur état de repos, les répresseurs AUX/IAA se lient aux facteurs de réponse à l’auxine (ARF) et répriment leur activité en recrutant les co-répresseurs TOPLESS (TPL/TPR). On pense que TPL/TPR agit en recrutant des histones désacétylases, conduisant ainsi la chromatine vers un état répressif (Long et al., 2006 ; Szemenyei et al., 2008). En présence d’auxine, les récepteurs TIR1/AFB se lient aux AUX/IAA et ces derniers sont alors rapidement ubiquitinés et dégradés, libérant ensuite les ARF qui peuvent activer les gènes cibles de l’auxine (Mockaitis et Estelle, 2008).

**Démonstration que l’auxine se fixe directement sur TIR1. Des embryons de xénope à deux cellules ont été injectés avec de l’ARNm codant TIR1-Myc (Myc est un tag pour pouvoir mieux reconnaitre TIR1). Les embryons ont été récoltés au stade 13 (fin gastrulation) et des extraits ont été réalisés pour être utilisés dans le « pull-down » où on teste l’interaction en TIR1-Myc et 1-NAA (un analogue d’auxine) ou le 2-NAA (qui ressemble à la molécule précédente mais qui n’a pas d’effets biologiques). On récupère la fraction des protéine TIR1-Myc ayant interagit avec l’un ou l’autre ligand et on l’analyse par western-blot avec un anticorps anti-Myc. (a, b) TIR1–Myc exprimé par le xénope interagit avec 1-NAA (mais beaucoup moins avec 2-NAA) de manière dose-dépendante. (c) Les lavages avec du 1-NAA mais pas du 2-NAA des protéines extraites avec le pull-down augmente la quantité de TIR1–Myc présente dans la solution de lavage. Source : https://www.nature.com/articles/nature03542
*Activation de la transcription médiée par ARF par l’auxine. La transduction intracellulaire de la signalisation de l’auxine est coordonnée par le récepteur TIR1/AFB, ainsi que les facteurs AUX/IAA et ARF. L’auxine agit comme une « colle moléculaire » et facilite l’interaction entre les protéines SCF-TIR1/AFB et Aux/IAA. À de faibles concentrations d’auxine, le répresseur AUX/IAA se lie au facteur de transcription ARF et forme un dimère qui recrute le co-répresseur TPL (TOPLESS) ce qui inhibe l’activité ARF et l’expression des gènes cibles de l’auxine. Lorsque la concentration d’auxine augmente, AUX/IAA se lie au complexe SCF TIR1/AFB et est ubiquitinée puis dégradée par la protéase 26S. Les facteurs de transcription ARF sont alors libérés pour activer la transcription des gènes en aval. DBD = domaine de liaison à l’ADN ; MR = région médiane ; PB1 = domaine Phox et Bem 1. Source : https://www.mdpi.com/2076-3417/12/3/1360

Cependant, certaines actions de l’auxine comme l’entrée de Ca2+ dans le cytoplasme, une hyperpolarisation membranaire, le contrôle de l’endocytose ou l’activation des GTPases ROP sont trop rapides pour ne dépendre que du contrôle de la transcription (Dubey et al., 2021). Il existe donc des récepteurs transmembranaires sensibles à l’auxine extracellulaire et activant des voies de transduction rapides dans la cellule. En présence d’auxine extracellulaire (apoplastique), les protéines extracellulaires ABL1 et ABL2 forment un complexe avec la protéine transmembranaire TMK ce qui active l’activité kinase à son extrémité intracellulaire de TMK (Yu et al., 2023).

**ABL1 et ABL2 s’associent à TMK1 en présence d’auxine. L’interaction entre ABL1/2 et TMK1 est montrée par co-immunoprécipitation de plants d’Arabidopsis exprimant pTMK1 :: TMK1-GFP (TMK1-GFP) traités avec 200 nM de NAA (une auxine synthétique) avec différentes durées. Les protéines des plants TMK1-GFP et BRI1-GFP (BRI1 est un récepteur aux brassinostéroïdes utilisé ici en tant que contrôle négatif) ont été immunoprécipitées à l’aide de d’anticorps anti-GFP et le culot a été analysé par Western blot en utilisant des anticorps anti-ABL1 ou anti-ABL2 (panels supérieurs IP). Les quantités dans le lysat total pour ABL1, ABL2, TMK1-GFP et BRI1-GFP sont montrés (dans les panels du milieu et du bas (Input)). On observe qu’au bout de 10 minutes de traitement avec l’auxine synthétique, une proportion nettement plus grande d’ABL1 et d’ABL2 est associée à TMK1. Source : https://www.cell.com/cell/fulltext/S0092-8674(23)01134-0

Le phototropisme et le gravitropisme permettent aux tiges et aux racines d’orienter leur croissance en réponse respectivement à la lumière et à la gravité. Ces ajustements adaptatifs de la croissance permettent de mieux recevoir la lumière dans le cas des tiges, et de mieux acquérir de l’eau ou des sels minéraux dans le cas des racines. Les tiges présentent un gravitropisme négatif et poussent vers le haut et un phototropisme positif et orientent préférentiellement leur croissance vers la lumière, tandis que les racines présentent un gravitropisme positif qui se manifeste par leur croissance vers le bas. Les modèles acceptés pour les tropismes sont basés sur la théorie classique de Cholodny-Went, dans laquelle la distribution différentielle de l’auxine cause la croissance inégale des deux côtés d’un organe courbé.

Une asymétrie dans la distribution de l’auxine et de la réponse à l’auxine a été effectivement détectée dans les tiges et les racines de diverses espèces végétales.

*L’exposition asymétrique à la lumière aboutit à une élongation plus importante de la tige du côté opposé au côté éclairé car il y a une concentration plus importante d’auxine. Voir en complément la partie sur l’auxine et l’élongation de la paroi cellulaire. Source : https://planet-vie.ens.fr/thematiques/manipulations-en-svt/la-morphogenese-vegetale-action-dirigee-des-facteurs-de-l

Cette distribution asymétrique de l’auxine est déclenchée par un transport d’auxine intercellulaire directionnel (Briggs, 1963 ; Young et al., 1990 ; Epel et al., 1992 ; Luschnig et al., 1998 ; Rashotte et al., 2000 ; Friml et al., 2002) qui est médié par des transporteurs des familles AUX/LAX (Bennett et al., 1996 ; Yang et al., 2006), PGP (Geisler et Murphy, 2006) et PIN (Petrášek et al., 2006; Yang et Murphy, 2009). La directionnalité du transport d’auxine polaire est déterminée par une localisation subcellulaire polarisée des transporteurs d’efflux d’auxine PIN (Wiśniewska et al., 2006).

Pour le phototropisme, la lumière est perçue par les phototropines qui sont sensibles aux longueurs d’onde correspondant au bleu. Il en existe deux chez les plantes : phot1 et phot2. Sous une lumière bleue de faible intensité , phot1 est le récepteur principal contrôlant le phototropisme, tandis que dans des conditions de lumière bleue modérées à élevées, phot1 et phot2 agissent de manière redondante (Liscum et Briggs, 1995; Sakai et al., 2000, 2001).

*Courbure phototrope de l’hypocotyle d’Arabidopsis chez les mutants phot1, phot2 et phot1phot2. A, Plants étiolés âgés de 3 jours d’Arabidopsis de type sauvage (WT), ou mutants phot1, phot2 et phot1phot2 cultivés sur les mêmes plaques verticales et exposés à une illumination bleu faible (ligne du haut) ou forte (ligne du bas) pendant 12 h. Les flèches indiquent la direction de l’illumination bleu. Source : https://academic.oup.com/plphys/article/162/3/1539/6110852

Toutes les phototropines partagent une organisation en domaine similaire : la moitié N-terminale de la protéine contient la région photosensorielle (avec notamment deux domaines, LOV1 et LOV2 auquelles s’ssocient le chromophore FMN (Flavin Mononucleotide), tandis que la moitié C-terminale contient un domaine sérine/thréonine kinase qui permet d’activer les voies de signalisation en aval. Phot1 et phot2 se relocalisent depuis la membrane plasmique vers des emplacements intracellulaires en réponse au la lumière bleu (Sakamoto et Briggs, 2002 ; Kong et al., 2006, 2007 ; Aihara et al., 2008 ; Kong et Nagatani, 2008 ; Wan et al., 2008).

De son côté, la gravité est perçue par la sédimentation d’organites spécialisés contenant de l’amidon (statolithes) dans les cellules de la coiffe racinaire et de l’endoderme de la tige (Morita et Tasaka, 2004 ; Morita, 2010). Dans les cellules de la coiffe racinaire sensibles à la gravité, PIN3 est d’abord localisé symétriquement, mais après la sédimentation des statolithes induite par la gravité, il s’accumule principalement du côté inférieur des cellules (Friml et al., 2002; Harrison et Masson, 2008). Cette localisation asymétrique de PIN3 provoque la redirection du flux d’auxine vers le côté inférieur de la racine, où l’auxine est connue pour s’accumuler en réponse à la gravistimulation (Perrin et al., 2005).

**Courbure gravitotropique des racines et relocalisation et expression associées des PIN. A cause de la gravité (« g », flèche verte), un gradient de flux d’auxine différentiels s’établit de manière transitoire (flèches et pointes de flèches b), ajustant la direction de croissance des racines via la modulation de l’élongation cellulaire. Quelques minutes après la gravistimulation, les protéines PIN (jaune foncé) des statocytes de la racine de la columelle présentent une distribution polarisée au niveau de la membrane plasmique de la marge cellulaire inférieure. Cette réponse est déclenchée par le mouvement/la sédimentation des statolithes remplis d’amidon (structures noires) conformément à la gravité. Les acteurs moléculaires impliquent les protéines ARG1/ARL2 (vert), qui pourraient lier la transcytose des PIN au transport vésiculaire et/ou à des éléments du cytosquelette (bâtonnets turquoise). Les protéines LAZY (rouge) et RLD (bleu foncé) ont une accumulation concertée à la marge inférieure des statocytes qui précède l’accumulation polaire des PIN. L’asymétrie résultante dans la distribution localisée de l’auxine est transmise dans la zone d’élongation racinaire, avec des niveaux élevés d’auxine transportés du côté inférieur de la racine (flèches noires épaisses). Une augmentation transitoire de l’abondance de PIN2 (bleu clair), principalement dans les cellules épidermiques du côté inférieur du méristème racinaire, pourrait résulter d’une diminution de l’endocytose et du renouvellement de la protéine. Cela se traduit par des taux de flux d’auxine élevés (pointes de flèche r) dans ces cellules, provoquant finalement une inhibition de l’élongation cellulaire. Au niveau du côté supérieur du méristème racinaire, des niveaux diminués de PIN2 réduisent les flux d’auxine, favorisant l’élongation cellulaire différentielle entre le haut et le bas et donc la flexion de la racine. Les variations d’abondance de PIN2 dans ces cellules sont contrôlées par une combinaison de facteurs environnementaux et intrinsèques, impactant ainsi les niveaux d’auxine intracellulaire à l’état stable et provoquent des ajustements dans le gradient d’auxine. Il a été suggéré que de telles variations spatiotemporelles dans le flux et les gradients d’auxine participent à la réinitialisation du transport différentiel d’auxine et du gravitropisme des racines. Source : https://www.mdpi.com/1422-0067/22/5/2749

La phase d’initiation des racines secondaires commence lorsque deux cellules adjacentes du péricycle commencent à se diviser de manière asymétrique et créent un primordium (Péret et al., 2009). Ce processus est associé à l’accumulation d’un maximum d’auxine dans les cellules fondatrices du péricycle (Benková et al., 2003; De Smet et al., 2007).

*Distribution de l’auxine dans les ébauches des racines secondaires
Expression de DR5 :: GUS qui dépend de l’activité de la voie de signalisation de l’auxine au cours du développement de l’ébauche des racines secondaires : le gradient d’activité de l’auxine avec le maximum à la pointe de l’ébauche est progressivement établi. OL et IL, couches externes et internes. Source : https://www.cell.com/cell/fulltext/S0092-8674(03)00924-3

Les transporteurs d’entrée (ou d’influx) de l’auxine dans la cellule sont impliqués dans la régulation du développement des racines secondaires. Par exemple, AUX1 est exprimé dans les cellules du péricycle avant la première division asymétrique initiale. Le mutant aux1 présente une réduction de 50% du nombre de racines secondaires (Hobbie et Estelle, 1995; Marchant et al., 2002).

*L’expression du transporteur d’influx d’auxine LAX3 dans les cellules corticales puis dans les cellules épidermiques faisant face à l’ébauche des racines secondaires est nécessaire pour faciliter l’émergence de la racine secondaire (A). LAX3 amplifie le signal de l’auxine par un mécanisme de boucle de rétroaction positive : l’auxine déclenche la dégradation de l’inhibiteur IAA14/SLR1 ce qui permet l’activation l’expression de LAX3 par ARF7/ARF19. Parce que LAX3 est un transporteur d’influx d’auxine, son expression se traduit par plus d’auxine entrant dans la cellule. En conséquence, un ensemble de gènes de remodelage de la paroi cellulaire (CWR) sont induits par l’auxine spécifiquement dans ces cellules (B). Ce mécanisme permet non seulement l’amplification du signal d’auxine mais également la restriction de l’accumulation d’auxine dans les cellules de l’ébauche de racine secondaire. Source : https://academic.oup.com/jxb/article/60/13/3637/532531
*Auxine et formation des racines secondaires. Les racines latérales se forment dans le péricycle profondément à l’intérieur de la racine primaire et doivent émerger à travers le tissu externe, en passant par les cellules endodermiques, corticales (bleues) et épidermiques (A). Mécanisme proposé par Swarup et al. (2008) décrivant comment l’auxine (IAA) entrant dans la cellule corticale induit l’expression de LAX3. Cela génère l’établissement d’une boucle de rétroaction positive qui déclenche des niveaux élevés d’auxine et l’induction ultérieure de gènes de remodelage de la paroi cellulaire (CWR), tels que la polygalacturonase (PG) (B). Source : https://www.frontiersin.org/articles/10.3389/fpls.2012.00225/full

L’auxine joue également un rôle dans les cellules endodermiques recouvrant
les ébauches des racines secondaires pour les adapter au passage de ces racines grâce à une perte de volume contrôlée (Vermeer et al., 2014). La destruction des adhérences cellulaires dans les tissus recouvrant
l’endoderme est également médié par l’auxine, permettant ainsi à la racine secondaire en croissance de traverser le cortex et l’épiderme (Swarup et al., 2008).

Lorsqu’il existe un déficit modéré en nitrate dans le sol, Arabidopsis forme des racines avec une quantité plus importante de racines secondaires. Cela est du à une plus importante concentration d’auxine dans la racine par une stimulation du transport de l’auxine des parties aériennes vers les parties racinaires. A l’inverse, un excès de nitrate inhibe ce transport (Tian et al., 2008). En cas de déficit de nitrates, il y a aussi une production racinaire plus importante d’auxine par l’augmentation de l’expression de TAR2, une enzyme intervenant dans sa biosynthèse, dans le péricycle et les éléments vasculaires (Ma et al., 2014).

**L’enzyme TAR2 impliquée dans la synthèse d’auxine est nécessaire à l’augmentation de la production de racines secondaires en cas de déficit de nitrate. Des plants d’Arabidopsis sauvages (Col-0) ou mutants perte-de-fonction tar2-c ont été cultivés en conditions d’abondance de nitrates (HN) ou de déficit en nitrates (LN). Source : https://onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.1111/tpj.12448

L’élongation cellulaire est un des paramètres importants de la croissance des végétaux. Le moteur de cette élongation est la pression osmotique générée par l’accumulation d’eau (à la suite de l’accumulation d’ions) dans la vacuole (pression de 0,2 à 1 MPa) qui induit une turgescence. La pression générée est accompagnée de modifications de la paroi cellulaire.

L’auxine à de fortes concentrations a surtout un rôle positif sur l’élongation cellulaire dans la tige et un rôle inhibiteur dans la racine.

*Représentation schématique de la courbe dose-réponse de l’auxine sur l’élongation cellulaire. Source : https://planet-vie.ens.fr/thematiques/developpement/controle-du-developpement/le-gravitropisme-des-vegetaux

Dans la tige, l’auxine induit une expansion cellulaire rapide et cela peut être mimé par exemple en incubant des segments d’hypocotyle dans un milieu acide (pH 4,5). Cependant, l’action des protons n’est pas directe sur les composants de la paroi car l’expansion en milieu acide n’a pas lieu si les hypocotyles ont été traités au préalable avec des protéases. On en déduit le modèle suivant : l’auxine agit en acidifiant l’apoplasme où se trouve la paroi cellulaire, ce qui entraîne l’activation de protéines localisées dans la paroi qui lui permettent de se relâcher avec la pression de turgescence. Il s’agit d’un mécanisme de croissance connu sous le nom de « théorie de la croissance acide » qui date des années 1970.

*Acidification de la paroi dans la zone d’élongation de la racine. On observe des cellules de l’épiderme de racines en croissance d’Arabidopsis. Les changements de pH ont été visualisés avec des valeurs ratiométriques de HPTS (molécule dont la fluorescence dépend du pH et qui ne rentre pas dans les cellules (reste dans l’apoplasme)). La barre latérale montre la coloration de la fluorescence en fonction du pH (pH élevé en haut et pH bas (acide) en bas). Barre d’échelle = 10 µm. Source : https://www.pnas.org/doi/full/10.1073/pnas.1613499114

Dans la tige, l’auxine déclenche l’efflux de protons, en activant la H+-ATPase de type P localisée dans la membrane plasmique. Chez Arabidopsis, les H+-ATPases sont codées par une famille de gènes qui comprend 11 membres appelés AHA. A la suite de la présence d’auxine, la phosphorylation de l’avant-dernier résidu Thr conservé (Thr948 dans AHA1, Thr947 dans AHA2) invalide l’autoinhibition de l’activité de la pompe ATPase par la région C-terminale cytoplasmique. L’auxine induit l’expression dépendante de TIR1/AFB des protéines SAUR qui agissent comme des inhibiteurs des phosphatases PP2C.D, qui sont responsables de la déphosphorylation de l’avant-dernier résidu des pompes. La signalisation auxine active donc des inhibiteurs des inhibiteurs des H+-ATPases. En parallèle, la signalisation activée par l’auxine stimule l’activité des kinases TMK qui phosphorylent l’avant-dernière Thr des pompes à protons (Lin et al., 2021).

***Rôle de AHA1 et de TMK dans l’acidification de la paroi en réponse à l’auxine. Comparaison du pH apoplastique dans les hypocotyles 2-3 jours après la germination de plants de type sauvage (Col-0), et mutées ost2-2D qui a une pompe à proton AHA1 continuellement active et le mutant perte-de-fonction tmk1-1 /mk4-1. Les changements de pH ont été visualisés avec des valeurs ratiométriques de HPTS (molécule dont la fluorescence dépend du pH et qui ne rentre pas dans les cellules (reste dans l’apoplasme)). La barre latérale montre la coloration de la fluorescence en fonction du pH (pH élevé en haut et pH bas (acide) en bas). Barre d’échelle : 100 μm. Source : https://www.nature.com/articles/s41586-021-03976-4

En parallèle, l’auxine stimule également l’exocytose de vésicules qui contiennent des pompes à H+ enrichissant ainsi la membrane plasmique et permettant une acidification de la paroi encore plus importante. L’auxine diminue également l’endocytose des pompes à H+ en inhibant l’expression de la protéine de type SNARE SYP132 qui est impliquée dans ce processus (Xia et al., 2019).

*Effet de l’auxine sur l’expression de SYP132 impliqué dans l’endocytose des pompes à protons. Des tiges d’Arabidopsis sont soumises pendant 0, 60 min (barres noires) ou 180 min (barres grises) à un traitement avec un analogue de l’auxine (NAA) et leur ARNm sont extraits. On étudie par RT-PCR l’expression de 3 gènes codant des protéines de type SNARE, SYP121, SYP123 et SYP132. On compare l’expression après traitement relativement à l’expression sans traitement. Il y a une diminution significative spécifique de l’expression de SYP132 qui est impliqué dans l’endocytose des pompes à protons. Source : https://academic.oup.com/plphys/article/180/2/837/6117742

Les protéines activées par la baisse de pH dans la paroi en réponse à l’auxine sont principalement les expansines.

*Localisation de l’α-expansine dans des cellules en expansion. Marquage avec des anticorps dirigés contre l’α-expansine et couplés à des particules d’or (points noirs denses). On observe un marquage dans les parois cellulaires (en haut en A et en B dans la région marquée CW) et dans des vésicules de sécrétion dérivées de l’appareil de Golgi (têtes de flèches en B). (A) Cellule épidermique de la région de croissance d’un hypocotyle de concombre étiolé. (B) Cellule épidermique d’un coléoptile de maïs étiolé. Source : https://academic.oup.com/pcp/article/43/12/1436/1914942

Outre les expansines, l’acidité pariétale active aussi les xyloglucanes endotransglycosylases (XET) qui hydrolysent le squelette des xyloglucanes. Elles permettent l’insertion de nouvelles molécules de xyloglucanes permettant la croissance.

A plus long terme, l’auxine agit en faveur de la croissance cellulaire en stimulant la transcription des gènes codant les expansines ou les enzymes de synthèse des glucides pariétaux.

Le rôle de l’auxine dans l’expansion de la paroi intervient lors du phototropisme. Par exemple, un coléoptile de Graminée est attiré par la lumière. Si cette lumière est latérale par rapport à l’axe vertical, il y aura plus de croissance du côté opposé à la source de lumière ce qui va favoriser la courbure en direction de la source lumineuse. Cette croissance différentielle est due au transport latéral de l’auxine de la zone éclairée vers la zone moins éclairée.

*Transport différentiel de l’auxine lors du phototropisme d’un coléoptile de Graminée. Notez que la zone de perception lumineuse se trouve à l’extrémité du coléoptile, là où elle produite l’auxine (AIA) mais sa zone d’action se trouve plus bas. Source : https://planet-vie.ens.fr/thematiques/manipulations-en-svt/la-morphogenese-vegetale-action-dirigee-des-facteurs-de-l

La présence du bourgeon terminal ou apical provoque la dormance des bourgeons axillaires en dessous. Si on supprime la partie apicale (contenant le bourgeon terminal) alors les bourgeons axillaires se réveillent et commencent leur croissance. C’est ce que l’on appelle la dominance apicale.

Historiquement, R. Snow en 1925 a montré que le maintien de la dominance apicale nécessite un signal qui se déplace vers le bas à partir du bourgeon apical. Thimann et Skoog (1933) ont identifié l’auxine comme le signal inhibiteur descendant. L’élimination de la source d’auxine apicale par décapitation abolit la dominance apicale, tandis que l’application d’auxine à l’apex de ces plantes décapitées peut restaurer cette dominance. Cependant, l’effet inhibiteur de l’auxine n’est pas direct. Il a été démontré que l’application externe d’auxine sur les bourgeons axillaires n’empêche pas leur croissance et des expériences avec de l’auxine radiomarquée ont révélé que l’auxine dérivée de l’apex ne pénètre pas dans le bourgeon dormant. De plus, le transport de l’auxine semble être trop lent pour provoquer un effet direct (Booker et al., 2003). À la suite de ces études, un second messager longue distance a été recherché.

Les cytokinines sont produites dans les racines et la tige et transportée vers le haut (de manière acropète) dans le xylème (Nordstrom et al., 2004). Les manipulations de la teneur en cytokinines végétales montrent des effets clairs sur le contrôle de la croissance des bourgeons, par exemple, l’application de cytokinine sur les bourgeons axillaires libère la dormance même chez les plantes qui ont un apex intact (Sachs et Thimann, 1964). Les cytokinines agissent donc de manière antagoniste à l’auxine. L’auxine inhibe la biosynthèse des cytokinines en diminuant l’expression du gène codant une enzyme de biosynthèse de la cytokinine ISOPENTENYLTRANSFERASE (IPT) dans la tige (Tanaka et al., 2006) et ce qui est cause en grande partie la dominance apicale. De plus, il a été montré pour les tiges de pois que l’auxine induit le gène de la cytokinine oxydase PsCKX2 (Shimizu-Sato et al., 2009). Les cytokinines oxydases inactivent les cytokinines et, par conséquent, réduisent le pool de cytokinine active.

Même si le bourgeon apical est présent, les bourgeons axillaires à une plus grande distance de lui peuvent également se réveiller, stimulés par les cytokinines provenant des racines. En fait, tout dépend du rapport auxine/cytokinines avec un rapport bas pour que les bourgeons axillaires puissent se développer.

De par ses propriétés activatrices de l’expansion et de la maturation de la paroi, l’auxine est également impliquée dans la croissance des fruits.

*Mise en évidence du rôle de l’auxine lors du développement de la fraise par l’expérience de Nitsch (1950). Rappelons que, stricto sensu, le fruit est formé par les carpelles qui donnent ici des akènes mais ce qui est appelé communément la fraise est formé par une hypertrophie du réceptacle floral.

Lors du développement des fruits, des nouveaux éléments de la paroi doivent être ajoutés, notamment des pectines qui doivent être estérifiées pour jouer leur rôle. L’expression de la pectine estérase FaPE1 est activée par l’auxine (Castillejo et al., 2004).

*Contrôle de l’expression du gène codant la pectine estérase FaPE1 par l’auxine. Des fraises pas encore mûres sont traitées ou non avec un analogue de l’auxine (NAA). Leurs ARNs sont extraits et l’expression de FaPE1 est étudiée par RT-PCR. Les ARNr servent de contrôle d’extraction. Source : https://academic.oup.com/jxb/article/55/398/909/468094

Lors du murissement avancé du fruit, les pectines sont solubilisées et dépolymérisées. A ce moment, l’auxine n’agit plus et c’est l’éthylène qui participe à ce processus qui peut aboutir au ramollissement et au pourrissement du fruit.

Avant la pollinisation, la croissance des fruits est réprimée par le ou les complexes protéiques Aux/IAA–ARF, qui inhibent l’expression des gènes sensibles à l’auxine. La pollinisation et la fécondation augmentent les niveaux d’auxine dans l’ovaire et induisent la polyubiquitination et la dégradation ultérieure des protéines Aux/IAA.

***Mécanismes de contrôle de l’action de l’auxine au cours du développement du fruit de la tomate. La perte de fonction des gènes en rouge provoque une parthénocarpie (développement du fruit sans fécondation). Les gènes en bleu s’expriment préférentiellement dans le tissu du fruit dans lequel ils sont indiqués. La spécificité tissulaire des gènes en noir est encore inconnue. Dans l’ovaire non pollinisé, la réponse à l’auxine est inhibée par ARF7 et IAA9 mais lors de la fécondation, l’expression d’ARF7 est abaissée et IAA9 est dégradée. IAA27 intervient également pour réguler la réponse à l’auxine dans les ovaires et pendant la croissance du fruit. TAR2 et toFZY6 qui codent des enzymes impliquées dans la biosynthèse de l’auxine sont fortement exprimés dans l’ovaire et la graine en développement. L’auxine est transportée depuis la graine par l’action coordonnée de plusieurs transporteurs PIN et AUX/LAX. PIN5 dans les graines et PIN6 et LAX3 dans le péricarpe médient la compartimentation intracellulaire de l’auxine ou le transport intercellulaire dans ces tissus. ARF4 est probablement impliqué dans les réponses à l’auxine dans le péricarpe. Au cours de la maturation, des gènes spécifiques impliqués dans la biosynthèse et le transport de l’auxine, toFZY4, LAX3 et PIN7, ont une expression accrue dans le péricarpe. GH3.1 qui code une enzyme de conjugaison de l’auxine a également une expression élevée à ce stade. L’expression d’ARF2 et d’IAA3 augmente probablement en raison de niveaux élevés d’éthylène. Source : https://onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.1111/ppl.12142

Les applications d’auxines synthétiques peuvent induire le développement parthénocarpique des fruits chez l’aubergine et la tomate. Le développement parthénocarpique des fruits peut également être induit par l’augmentation des niveaux d’auxine dans les ovaires par l’expression ectopique du gène codant une enzyme de biosynthèse de l’auxine chez l’aubergine et la tomate (Ficcadenti et al., 1999).